Iota, Bulletin d'infos de l'UDV
N°72
30 octobre 2006

EDITORIAL

En cette période où il est coutume de faire mémoire des chers disparus de nos familles, de nos amis, comment ne pas penser à tous ceux qui nous quittent, seuls, après une vie ou un temps de galère plus ou moins long, mais le cœur meurtri par l'épreuve et sans avoir eu le temps de retendre une main vers ceux qui sont cependant restés cachés au fond de leur cœur et avec qui ils avaient rompu un jour.

Jamais comme cette année, depuis le démarrage du dispositif Samu Social, nous n'avons été confrontés à autant de départs de nos amis de la rue. Nos pensées, nos prières (pour ceux qui croient) ne doivent pas les oublier.

Pierre Gaillard
Directeur du Samu Social de l'aire toulonnaise


ZOOM SUR...

A la mémoire de nos amis de la rue

En hommage à tous les hommes et toutes les femmes "de la rue", décédés cette année et les années précédentes, bien souvent prématurément, parfois seuls, souvent fragiles ou marginalisés et invariablement blessés par la vie…

«Titi, "accueilli à la rue" par nos amis maraudeurs et accompagné à l'hébergement en début de soirée l'avant-veille de Noël, a du être conduit à l'hôpital dans la nuit, il y a survécu dans le coma une semaine et nous a quittés pour un monde où plus personne de l'empêchera de ronfler à son aise. Ce que l'on retiendra de lui, comme parole historique, c'est "ronfler, c'est un droit", qu'il avait lancé aux paroissiens de Notre-Dame de la Victoire, qui ne pouvaient plus se concentrer sur leurs prières et étaient venu gentiment le réveiller au pied de la statut de Saint Antoine, où il aimait se recueillir les jours de grand froid.

Le droit de ronfler : un droit injustement oublié par les législateurs de la lutte contre les exclusions.

Malgré ce décès, nous avons été localement tous heureux que cet homme ne meure pas seul à la rue. Il aurait mieux valu que nous réussissions à ce qu'il vive ailleurs mais que voulait-il réussir, lui ? Nous avons aussi été heureux de nous compter une bonne centaine présents à ses obsèques et à la messe prononcée par Don Marc à Notre-Dame de la Victoire, indispensable annexe de son vrai domicile fixe, les rues de Saint Raphaël depuis quinze ans.
»



YANN
nous a quittés.
Au moment où chacun
fêtait le passage d'une année à l'autre,
il "fêtait" lui-même son "passage" définitif,
abandonnant là toute la misère que sa vie lui avait apportée.

Il laisse donc Dominique son copain d'infortune
du garage-squat du Pont du Las,
parti lui vers une vie plus tranquille.

Il laisse aussi ses autres copains
de l'Unité d'hébergement
où chaque soir, il avait son lit réservé
qu'il rejoignait quelques fois à grand peine.

Il laisse encore tous ceux qui, l'ayant connu
avaient tenté de faire un bout de chemin avec lui.
Chemin bien dérisoire,
tant les bénévoles du Samu Social
le présentait chaotique
et bien sûr secret.

Visage connu, facilement reconnaissable
à cause du pansement sur l'œil
dont on n'a jamais su vraiment
l'utilité ou la nécessité réelle.
Etait-il le témoin
d'une blessure ancienne ?
Etait-il en quelque sorte son "outil", son "gagne-pain"
inspirant la pitié ?
N'importe il faisait partie de son paysage.

Adieu Yann.
Tu as fini ton passage sur la terre.
Tu as rejoint au paradis des gens de la rue
ceux qui,
connus ou inconnus de toi,
ont galéré ici bas
plus qu'il n'est permis de le supposer.
Nous voulons garder de toi
le souvenir d'un gars
qui pouvait être très poli et qui devait posséder
une bonne dose d'humour
malheureusement
affaiblie, occultée même
par la misère, la souffrance, la galère.

A te revoir Yann
dans l'espérance d'une vie meilleure.

Jean CHANLIAU

FENÊTRE SUR...

Le collectif Les Morts de la Rue :
être là quand il n'y a personne

Le collectif parisien Les Morts de la Rue* accompagne les associations ou les amis de la rue pour qu'ils préparent eux-mêmes des funérailles dignes.

Cécile Rocca, du collectif les morts de la rue, explique : "en offrant notre humanité, nous pouvons apporter de l'honneur autour de la mort et contredire la logique qui nous remonte de la rue «on vit comme des chiens, on meurt comme des chiens, en est enterrés comme des chiens»".
Au-delà des temps de funérailles, le collectif accompagne "ceux qui restent" dans leur rapport à la mort, dans leur expérience du deuil, en proposant par exemple des ateliers artistiques tout au long de l'année. Une exposition itinérante de peintures à la mémoire des morts de la rue a ainsi pu voir le jour. Une équipe composée de personnes de la rue, de travailleurs sociaux et d'artistes, se déplace avec la création commune et chacun peut répondre aux questions qui ne manquent pas d'être suscitées.

Les revendications ne s'arrêtent pas là, comme on peut le constater à la lecture du dernier numéro du journal "Aux 4 coins de la rue"** sur "la dignité et l'humiliation" :
"Enterrer dignement c'est important, pour rappeler aux vivants, en particulier aux personnes de la rue, que nous sommes tous de la même race humaine. […] Il ne faudrait cependant pas oublier les combats particuliers contre l'indignité des conditions de vie de certains." Un manifeste, lu lors de l'hommage rendu par le collectif aux morts de la rue le 28 juin dernier sur le parvis des droits de l'homme au Trocadéro, s'inscrit pleinement dans cette logique de revendication et de proposition.

"Au nom de nos amis connus ou inconnus morts de la rue ou des conséquences de la vie la rue,

NOUS AFFIRMONS, nous, personnes de la rue, familles, associations, amis, que ceux dont les noms sont cités lors de cet hommage sont morts trop tôt – 49 ans en moyenne – et qu'ils sont morts non seulement de froid, de chaud, d'accidents, de violence, d'épuisement…
MAIS AUSSI ET SURTOUT de la perte du lien social, du sentiment d'être inutile, de ne pas exister.
NOUS AFFIRMONS qu'ils n'étaient pas seulement des gens "sans" (famille, toit, papier, argent,…) mais des gens "avec" des qualités et des défauts COMME TOUT LE MONDE. […]
CESSONS de dire ou de penser de ceux qui vivent à la rue "qu'ils l'ont bien cherché".[…]
NOUS EXIGEONS QU'ON CESSE de considérer ces hommes, ces femmes, ces familles, comme des colis qu'on ballotte d'hébergement en hébergement d'urgence.[…]
NOUS AFFIRMONS qu'il est possible d'inventer pour des personnes fragilisées par la vie de la rue, un accompagnement humain prenant en compte leur avis sans prétendre savoir mieux qu'eux ce qui est bon pour eux. Nous demandons qu'on fasse appel à ces personnes pour ce qu'elles sont capables de faire, car chacun est unique et peut ajouter sa différence à celle des autres.
NOUS CROYONS qu'une société – c'est-à-dire nous tous – se juge à la manière dont elle fait place aux plus vulnérables."

Plus d'info :
Collectif Les Morts de la Rue
72 rue Orfila - 75020 PARIS
01 42 45 08 01

*Les partenaires du Collectif Les Morts de la Rue :
ACOAT Chiffonniers de la Joie. Aide au Choix de Vie. Antigel. Association Emmaüs. Association Solidarité Jean Merlin. Association Sri Manika Vinayaka Alayam. ATD Quart-Monde Paris. Aumônerie du CASH. Autremonde. Aux Captifs, la Libération. Centre d’Action Sociale Protestant. Centre Socio-Culturel de la rue de Tanger. Cœur du Cinq. Collectif Ivry Sans Domicile Fixe. Comité Solidarité Défense. Compagnons de la Nuit. Centre Pastoral Halles-Beaubourg. Emmaüs France. Emmaüs Liberté. Entraide de l’Eglise Réformée de l’Oratoire du Louvre. Équipes Saint-Vincent. Fondation de l’Armée du Salut. La Mie de Pain. La Raison du Plus Faible. Les Bancs Publics. Les Petits Frères des Pauvres. Les Restaurants du Cœur. Les Relais du Cœur. Magdala. Maison de la Solidarité de Gennevilliers. Recueil Social RATP. Secours Catholique. SOS accueil. Soupe Saint Eustache. L’Un est l’Autre. Unité Sans Abri.

** Si vous souhaitez recevoir le journal "aux 4 coins de la rue" ou le texte intégral du manifeste, vous pouvez contacter le Collectif Les Morts de la Rue.

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