N°89
double aout 2007

Le contraste des vacances

On l'avait rêvé, projeté, espéré et nous voilà en vacances. Cette année, destination mer méditerranée!

On a eu raison parce qu'ailleurs en France, ils en ont dégusté de cet été qui n'arrive pas! En plus nous avons eu droit à la Tall Ship Race qui a fait escale plusieurs jours en rade de Toulon. Certes, il y a des gens partout, des voitures de toute l'Europe mais, ici, il y a le soleil et la mer! Enfin, si tant est que l'on puisse y accéder et avoir la place de poser sa serviette. Alors là, je fais la planche, les bruits s'estompent et je suis pleinement au moment présent : c'est le bonheur!

Un malaise me prend : en ce moment même d'autres corps flottent et flotteront encore dans cette même mer, ultime étape d'un voyage de fuite de la misère. Je me redresse et chasse cette sombre image en allant me rôtir au soleil.
Autre malaise, autre image : en ce moment même des personnes engluées dans la rue en plein cagnard, en état d'abandon total, détruits par l'alcool, la galère, sont entrain de mourir. Je me lève et je pars, attendant la nuit, sa fraicheur, et son silence.
Autre malaise, autre image : une personne qui n'est pas partie en vacances est entrain de pleurer de désespoir et de solitude.

Je repense alors à tous ces bénévoles, ces personnes engagées dans l'action sociale que je connais, mais aussi à toutes ces sollicitations reçues au cours de l'année pour aider telle ou telle action.

C'est décidé, à la rentrée je signe la déclaration de solidarité et je m'engage!

Gonzague de Fombelle

L'abandon à la rue

Dans le département du Var, les personnes sans abri sont plus vulnérables à la chaleur de l'été qu'au froid de l'hiver. Le Samu social de l'aire toulonnaise nous explique pourquoi.


Après des phases d'agression, réaction, dépression, le parcours des personnes à la rue aboutit à un stade d'abandon :
- abandon familial, souvent d'ailleurs unilatéral, comme nous pouvons en témoigner lors de décès où les familles se sont retrouvées;
- abandon social en général;
- abandon des préoccupations de santé, la perception d'une dégradation somatique et psychique n'est plus une priorité.

C'est souvent à ce stade que nous les rencontrons. S'il n'est pas trop tard, en liaison avec les services sociaux hospitaliers, une solution sociale alors proposée et acceptée peut être un nouveau départ. Combien de sollicitations pour qu'ils acceptent une prise en charge voire une hospitalisation devenue indispensable!
Dans le cas contraire, on se trouve confronté à un nouveau et ultime concept de désocialisation, l'ASPHALTISATION (Dr QUESEMAND ZUCCA) : l'homme ou la femme à la rue se trouve comme soudé au sol. Progressivement, à force de ne plus bouger, ils se retrouvent figés sur place, tant physiquement que psychiquement. Tout ce qui leur reste comme lieu de vie, leur ultime droit au sol, c'est un bout de trottoir.

Pour nous, au cours des tournées et maraudes, l'hésitation est fréquente : y-a-t-il quelqu'un sous ce tas d'immondices, de plastiques, de cartons ?.... Frappés d'ankylose, de neuropathies alcooliques, d'ulcères des jambes, le sommeil en morceaux, ils ont dépassé le stade de la honte et de la pudeur, ils sont dans un état au-delà de la détresse. Et après ?... après, c'est la mort, par une nuit de grand froid ou par un jour de grande chaleur.
C'est donc avant d'en arriver à ce stade paroxystique que l'on a une chance d'arrêter le processus :
- soit au moment où la personne tombe dans le monde de la rue,
- soit quand une certaine volonté d'en sortir se manifeste.
Seul un accompagnement personnalisé permet de réussir dans cette entreprise : redonner un toit, traiter une alcoolisation, souvent massive, combattre le sentiment d'inutilité sociale qui pèse si lourd pour ces personnes à la rue, non par une réinsertion dans le monde du travail illusoire pour la plupart, mais dans l'occupationnel comme le fait par exemple " Médiation ".
Par ailleurs, évitons de tout psychiatriser : la plupart ne sont atteints que de troubles du comportement, de souffrance psychique antérieure à leur arrivée à la rue et consécutive à des violences et des deuils non métabolisés.

Ne laissons pas les choses se dégrader et en particulier chez les jeunes comme cet adolescent qui avait imprimé sur son T-shirt " DEMAIN c'est AUJOURD'HUI EN PIRE "

Docteur François Maguéres
Référent médical

Article paru dans le bulletin de liaison Pleins Phares n°75



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Une sortie en mer avec Cap Vrai à l'occasion de la Tall Ship Race

En juillet, Toulon a accueilli "The Tall Ship Race".
Un évènement que l'association Cap Vrai a su mettre à profit pour poursuivre son action : se reconstruire par la voile.


Mardi 24 juillet, journée de bateau avec l'association Cap Vrai. 4 bateaux nous attendent à St Mandrier pour aller voir la parade des grands voiliers sur l'eau (Tall Ship Races).
Après la voiture et le zodiac, nous voilà enfin sur un vrai bateau à voile. La mer est agitée, heureusement un coffre de la marine nous permet de nous accrocher le temps de la parade. Pendant 3 heures, les bateaux défilent devant nous, certains se risquent à mettre les voiles, les marins se hissent au bastingage comme des fourmis.
De loin on dirait un étendage avec des pinces à linge !



Retour au calme vers 13h au port de St Mandrier, c'est l'heure du sacro saint apéro. Bien abrités par la crique, on enchaîne les plongeons, les sauts du haut du fort et on retrouve les autres bateaux.
On est une vingtaine de personnes pour le repas sur le bateau du capitaine, Ivolina. Le repas sorti du sac est convivial, chacun fait gouter ses spécialités. Verres et bouteilles tombent à l'eau. Heureusement notre Jonathan national est là pour sauver l'écosystème marin. La mer : on la protège et on la respecte !

Le soleil tape, on cuit lentement, la tentation est grande de sombrer dans une torpeur méridionale. Mais le vent est toujours au RDV. " Petit " mistral, force 8, les amateurs de sensations fortes sont toujours là. Un bateau sort de l'eau, on est de la partie. Nous nous retrouvons à 5 sur un bateau de 6 mètres, les voiles gonflées à bloc, le bateau gite à 90°, on fait la course avec les autres bateaux…. Au programme, petite ballade dans la rade de Toulon, on frôle la zone interdite, on admire de très près le porte avion Charles de Gaulle, le Tonnerre… quitte à se risquer à quelques représailles de la marine nationale !
La confiance règne à bord, chacun à son rôle bien précis, les manœuvres s'enchainent et on se régale ! Vers 17h retour à bon port. La journée a été riche de sensations.



" C'est magnifique ! "
Pour Jonathan, qui veut devenir sauveteur en mer, cette journée a permis de se confronter à la mer, d'apprivoiser ses inquiétudes et de se rassurer. L'occasion aussi de mesurer la chance de vivre une telle expérience : "Si on a la chance d'avoir une journée comme celle-là, il faut savoir la prendre. On a eu cette chance, on a su l'avoir et la conserver !"
C'est inoubliable et à refaire ! Merci Cap Vrai, merci à nos amis marins. On attend la prochaine occasion avec impatience.

Plus d'infos
CAP VRAI MÉDITERRANÉE

Maison des Associations
90, plage de l'Estaque
13016 MARSEILLE




Le programme de formation septembre-décembre 2007 est téléchargeable ici







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