N°99
19 février 2008

"Ensemble, habitons la ville !" et tout spécialement notre quartier…

Vous avez sans doute remarqué, lors de l’envoi des vœux, que l’UDV a choisi de placer cette année sur le thème d’habiter ensemble la ville.

Ce numéro de Iota met l’accent sur une action expérimentale de médiation de quartier à St Jean du Var que l’UDV s’est vue confiée par les pouvoirs publics depuis septembre. S’agissant d’une première pour la ville de Toulon, un petit groupe est allé à la rencontre de la boutique solidarité de Perpignan, qui mène ce type d’action depuis plusieurs années.

Ces deux articles nous nous confirment qu'il n’y a pas de solution miracle et que le temps et l’apprivoisement sont des facteurs indispensables à la réussite d’une telle entreprise. Un autre facteur est aussi l’implication du plus grand nombre pour que chacun ait sa place dans son quartier car "un seul morceau de bois donne de la fumée mais pas de feu."

Ludovic Teillard




Attention, envoyez votre témoignage avant le 29 février si vous voulez qu'il soit publié !


Une nouvelle mission expérimentale sur le quartier de St Jean du Var

Pour présenter sa mission, Marie-Madeleine Laïte, qui occupe le nouveau poste de médiatrice de quartier créé par l'UDV à St Jean du Var depuis le mois de septembre, nous met tout de suite dans l'ambiance avec l'un de ses fameux proverbes africains : "c'est en allant doucement qu'on attrape un singe dans la brousse".

Dans le quartier de St Jean du Var, comme dans de nombreux autres quartiers de Toulon, la cohabitation entre les habitants, les commerçants, les associations et les personnes sans abris n'est pas toujours aisée. Pour répondre aux pétitions et réclamations, les associations implantées dans le quartier ont cherché des solutions en organisant conciliations, réunions d'informations, journées portes ouvertes ou débats ouverts aux habitants du quartier…
Aucune solution de long terme n'ayant été trouvée, les élus locaux ont demandé aux associations de mettre en place une médiation. Après une réflexion interassociative entre l'UDV, Les amis de Jéricho et le Samu social, un poste de médiatrice de quartier a vu le jour grâce à un financement de la préfecture (poste "adulte relais"), du Conseil général et de la mairie de Toulon.


Une première phase d'observation et d'écoute a permis de mesurer le décalage qui existe entre les attentes des uns et des autres. Un commerçant disait par exemple à Marie-Madeleine "Nous n'avons rien contre les SDF, sauf que nous avons un commerce à tenir et le fait qu'ils créent des regroupements devant nos magasins avec leurs chiens pose des problèmes. Pourtant, avant j'aidais en donnant à manger mais à cause de leur manque de respect global je ne le fais plus." A quelques pas de là, une personne SDF lui confiait :"je ne comprends pas, nous sommes des citoyens comme tout le monde, nous ne faisons de mal à personne, pourquoi nous rejette-t-on ?"

Face à ces incompréhensions, la nouvelle médiatrice tente de construire un dialogue "dans un premier temps, il s'agit d'écouter pour comprendre le problème" nous explique-t-elle, "ensuite on essaye de mettre à jour les attente des personnes pour proposer des solutions adaptées et non pas des réponses prédéfinies qui sont souvent inappropriées. Tout ce travail se construit en lien avec les associations partenaires et plus particulièrement leurs travailleurs sociaux ainsi que l'infirmière psychiatrique de Siloé*, mais aussi avec les forces de l'ordre et les pompiers". Ces dernières sont abusivement sollicitées par la population qui ne sait pas vers qui d'autre se tourner. Aujourd'hui, en distribuant ses coordonnées aux habitants et aux commerçants, Marie-Madeleine tente de créer un espace intermédiaire de médiation qui permettrait d'apaiser les relations tendues."Je ne viens pas avec une baguette magique pour régler les problèmes" précise-elle, "en tant que sénégalaise je voudrait être l'arbre à palabres autour duquel toute personne aura la possibilité de prendre la parole pour trouver ensemble une solution."

*Siloé : interface psychiatrique de Promo-soins Toulon.

Plus d'info
Médiatrice de quartier
Marie-Madeleine Laïte

06 18 70 64 15


A Perpignan, la médiation de rue porte ses fruits

A Perpignan, la boutique solidarité de la Fondation abbé Pierre a mis en place un travail de médiation depuis 9 ans déjà. Profitant d’une phase d’observation, un groupe de 4 acteurs toulonnais impliqués dans la nouvelle mission de médiation de quartier est allé à la rencontre de Jean-Marc et Béatrice, pour prendre la mesure du travail accompli et, pourquoi pas, s’en inspirer…

La boutique solidarité de Perpignan gère un accueil de jour, un hôtel social mixte et mène une action de terrain, grâce à un binôme composé de deux médiateurs de rue, auprès des personnes les plus désocialisées qui refusent les structures existantes. Pour évoquer leur expérience, Jean-Marc et Béatrice insistent tout de suite sur l’intérêt de ce binôme mixte. Pour des raisons de sécurité, être deux présente un réel avantage, mais leur complémentarité est aussi un véritable atout au quotidien : certaines personnes sont plus à l’aise pour se confier à un homme et d’autre le feront plus volontiers avec une femme.

En quelques années, de nombreuses actions concrètes ont pu être menées : accès aux douches municipales, création de chèques services (pour nourrir les animaux ou acheter des produits de soin corporel), un budget alloué aux médiateurs de rue qui leur permet d’offrir un café ou une cigarette et facilite ainsi la création du lien, une collaboration avec la SPA qui prend en charge gratuitement les animaux en cas d’hospitalisation, un relais avec le personnel soignant pour garder le lien avec les personnes hospitalisées...
Parmi toutes ces actions, celle qui a sans doute marqué les esprits des observateurs toulonnais est la création d’un abri de nuit hivernal en réponse au besoin qu’ont pu exprimer les personnes de la rue grâce à un sondage. L’abri, géré par l’association Tremplin qui dépend d’un CHRS, propose un accueil « bas seuil », c’est-à-dire sans lit, conformément à la demande des personnes interrogées. On y trouve la chaleur et la sécurité mais aussi : télé, café et thé, douches, wc et produits pour se laver. L’équipe est constituée de 3 veilleurs de nuit, du président de l’association et des éducateurs du CHRS en fonction de la demande. Tout le monde y est accepté, y compris les chiens, le seul interdit étant l’alcool.
« Les gens qui refusent d’intégrer les structures ou qui sont refusés dans les structures viennent s’y reposer, se mettre à l’abri » nous explique Marie-Madeleine : « je suis séduite par le concept car on écoute la personne, on ne cherche pas à la mettre dans un cadre qui a priori ne lui convient pas… et parfois, cela arrive qu’elle finisse par intégrer le système existant ! »
C’est ainsi que notre petite équipe quitte Perpignan, Béatrice et Jean-Marc avec des projets plein la tête et la certitude que leur meilleur allié sera le temps !

Plus d'info
Boutique Association Solidarité 66
11, avenue Maréchal Joffre - 66000 Perpignan
tel : 04 68 61 55 94 - Fax : 04 68 52 21 79


Le programme de formation 2008 est téléchargeable ici!





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